1976 : des livres «Du côté des filles»
Le contexte dans lequel ces livres ont été crées est
profondément différent de l’actuel : les années 70 étaient un champ ouvert
à toutes les audaces, un tourbillon d’analyses et réflexions féministes, un
enthousiasme fébrile.
Nous allions changer le monde : c’était à notre portée.
La vraie audace, dans ces années-là, a consisté dans la
modestie du but. Les textes et les images des albums préparaient unanimement
les filles à un destin de deuxième classe : c’était là qu’il fallait agir!
Il fallait éditer pour les filles et aussi (surtout ?)
pour leurs mères.
Malgré les changements intervenus en plus de trente ans, ces
livres sont restés
Faudrait-il, s’ils n’existaient pas, les créer
aujourd’hui ?
Il me semble que oui.
Ils seraient très différents graphiquement, mais les thèmes
(et le style ironique du texte) seraient les mêmes : les rôles dans la
famille (« un heureux malheur »), la privation de la créativité
(« Arthur et Clémentine »), le monopole masculin de la culture
(« l’histoire des bonobos »), le conditionnement des filles à objets
sexuels (« Rose bonbon »).
Et je crois que, en tant qu’albums, ils apparaîtraient
aujourd’hui plus «révolutionnaires» que lorsqu’ils sont
sortis !
Trente ans sont passés (et quelques modestes succès ont été obtenus dans la vie réelle) mais les albums continuent de montrer aux enfants le même couple parental lamentable (papa se repose dans son fauteuil en lisant le journal, maman, en tablier, prépare le dîner) et les mêmes « couples » classiques : pédiatre–infirmière, pilote–hôtesse de l’air, homme d’affaires–secrétaire.
De plus, certaines des « nouveautés » des dernières années sont carrément des régressions : le déferlement des “princesses”en est un exemple. Les filles, actuellement les premières de la classe partout, se voient proposer, dans le personnage de la "princesse" des modèles absurdes de paresse, coquetterie, niaiserie, gourmandise.
Adela Turin