Depuis les grottes peintes jusqu'aux livres illustrés, le statut de l'image a évolué au gré des croyances et aussi des révolutions dans les techniques de reproduction.
Les images n’ont pas les propriétés sémantiques du langage, mais elles ont une énorme puissance de communication. C’est cette puissance qui nous pousse à nous demander ce que transmettent les images créées à l’intention des enfants.
La Cappella degli Scrovegni, peinte par Giotto à Padoue
entre 1305 et 1307, est un chef d’œuvre légendaire. Dans les premiers siècles
de la chrétienté, lorsqu’il s’agissait de transmettre les Ecritures aux
illettrés, la chapelle de Giotto était surtout un grand livre.
S’efforçant de passer de l’écriture à la représentation,
Giotto développa un style de narration qui fait de lui un auteur dramatique
autant qu’un peintre.
Un illustrateur.
Sous un ciel d’un bleu intense, il nous montre le monde comme lui et ses contemporains
l’entendaient.
Giotto fait appel à des motifs récurrents pour caractériser
ses personnages : la couleur des vêtements, par exemple, suggère leur
caractère et varie selon l’âge et la situation dans laquelle ils se trouvent.
Les grands fresques de cette époque ont une claire
signification de “biblia pauperum”: les peintres et les sculpteurs créent des
œuvres dont la fonction est instruire et émouvoir un public d’illettrés.
La
scène la plus expressive est sans doute le Baiser de Judas : de nombreux
personnages entourent le couple Christ / Judas. Les deux hommes, de profil, se
regardent intensément dans les yeux dans un face à face dramatique.
Le Christ, grave, a le corps caché par la tunique de Judas,
qui est jaune, la couleur de la trahison.
Évelyne, 9 ans, élève de CM1, nous dit à propos de cette
scène :
“On voit que Jésus “sait”ce que va faire Judas, qu’il sait
que c’est un salaud. On le voit à sa façon de le regarder, il lui dit avec les
yeux“je te connais, toi !”.
On voit que Judas est méchant parce qu’il a l’air bête et
qu’il a aussi l’air d’avoir peur.L’autre, à droite, celui qui est habillé de
rouge, est étonné : il a l’air de se demander “qu’est qui va se passer ici ?”
Les enfants sont nos illettrés du 12ème siècle.