Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le travail des
femmes en France a évolué soit au niveau quantitatif que qualitatif.
Mais bien que les femmes soient proportionnellement plus
nombreuses que les hommes à suivre des études supérieures, elles restent moins
présentes dans les filières les plus cotées.
La situation des femmes dans le monde du travail a évolué et
certaines parviennent à faire jeu égal avec les hommes, mais pour la majorité
des femmes, la parité est encore loin d’être une réalité : faibles salaires,
chômage, contrats précaires…
1942 : ABC métiers
Avocat, Boulanger, Couturière, Etameur, Fleuriste, Garagiste, Horloger,
Institutrice, Jardinier,
Laboureur, Maçon, Notaire, Orfèvre, Photographe, Quincailler, Rempailleur,
Sabotier, Tailleur, Usinier, Vitrier, Watman, Xylophoniste,
La liste des métiers a beaucoup changé : il n’y a plus de
sabotier ni d’étameur.
Mais si la situation réelle est un peu plus équitable,
l’image qui en donnent aux enfants les albums actuels en est largement
caricaturale.
Les femmes françaises sont de loin les Européennes les plus
actives, (leur taux d’activité est passé de 51% à près de 64% entre 1975 et
2005 selon l’ Insee)et le traditionnel clivage “capacités viriles et capacités
féminines” et la notion de “travail féminin” (qui entraîne d’importantes disparités de
rémunération entre les hommes et les femmes) tendent à diminuer.
Mais les images destinées aux enfants ne rendent pas compte
de ces progrès.
Années 2000
“L’imagerie des Métiers”, 1999 : 432
hommmes, 113 femmes.
“Encyclopédie des métiers”, 2000 : 120 hommmes, 41
femmes
Des hommes dans le commerce, l’agriculture, les transports,
la technologie, la recherche, les arts, la conquête de l’espace, les
communications, le sport.
Des femmes dans l’enseignement primaire, les services (réceptionnistes, secrétaires, infirmières...).
Dans le petit commerce (très souvent de fleurs), dans la gymnastique et la danse.
Et dans la mode... en tant que mannequins!
Et, en complète contradiction avec la réalité des statistiques, tous les pédiatres sont des hommes!
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T comme TEST
Dans le but d'appréhender la valeur symbolique de trois objets (le tablier, le fauteuil et le journal) ont été créées des images en noir et blanc d’un ours (ou une ourse?) évitant toute information de couleur ou de contexte qui pourrait influencer les réponses des enfants. Elles sont destinées à poser une unique question : “c’est maman ou papa?”
Ce test a été proposé pour la première fois en 1998 aux
enfants de trois écoles en France et 2 en Italie. Par la suite elles ont été
montrées à des centaines d’enfants entre 7 et 10 ans, en France, en Italie et
en Espagne. Les chiffres qui suivent sont les plus récents et
proviennent d’un test réalisé en 2007.
Le tablier:
154 enfants sur 204 affirment qu’il s’agit d’une maman ourse et qu’ils en ont la
certitude à cause du tablier. Ils disent :“normalement c’est la maman qui porte
le tablier”,“Les papas ne cuisinent pas et lorsqu’ils doivent vraiment le faire
ils ne portent pas de tablie”,“Les ours mâles ne portent pas de tablier parce
que le tablier est pour les femelles“
Une image “virilisée” de l’ours (palette, montre) a été
reconnue par quelques enfants comme un papa.
Dans ces cas, les enfants parlent de “serviette”, et
précisent que papa cuisine parce que “maman fait le ménage” ou “est à l'hôpital faire un bébé”.Une fille
dit: “C’est un papa qui dit : “j’ai faim, porte-moi le dîner!!”.
Un garçon dit : “C’est une ourse qui dit : Je dois tout
faire dans cette maison : le ménage, la cuisine…”
Le fauteuil
105 enfants sur 146 affirment qu’il s’agit d’un papa ou d’un
grand-père.
Un garçon dit :
“Ça pourrait être une maman ourse, mais en général ce sont
les papas qui s’assoient comme ça pour regarder la télévision. Si c’est une maman, elle n’est pas normale”.
Une deuxième image a été montrée, représentant un ours endormi dans son fauteuil. A propos de celle-ci une fille de neuf ans dit :“Les
mamans ourses ne dorment pas pendant la journée elles se reposent seulement
lorsqu’elles vont se coucher”.
Une autre
fille dit : “Les femmes doivent bien se tenir : elles ne s’avachissent pas
comme ça”.
Un bébé sur le ventre n’a pas suffi à en faire une ourse. Une fille dit :“une ourse ne dormirait
pas, elle s’occuperait du bébé”
Le journal
L’ours qui lit le journal a été reconnu comme un mâle par
90,2 des enfants. Les raisons : “Les mamans ourses n’ont pas le temps de lire le journal,
elles doivent faire le ménage”.“Les mamans ne lisent pas le journal parce qu’il
ne parle pas de sa maison à soi”.
Une deuxième image a été montrée, représentant e même ours portant un collier.
À propos de celle-ci une fille dit:
“C’est une ourse, mais elle est bizarre : elle s’arrête pour lire le journal
pendant la journée”.
Interrogés sur ce qu’il faudrait changer dans l’image pour
en faire une maman, les enfants ont proposé de lui mettre un tablier, de
l’habiller de rose, de lui mettre un chapeau avec des fleurs et une plume...
Une fille proposa : “d’abord il faudrait mettre le journal à plat sur la table et puis elle serait en train de peler des patates”
Posted at 03:39 PM | Permalink | Comments (1) | TrackBack (0)
1976 : des livres «Du côté des filles»
Le contexte dans lequel ces livres ont été crées est
profondément différent de l’actuel : les années 70 étaient un champ ouvert
à toutes les audaces, un tourbillon d’analyses et réflexions féministes, un
enthousiasme fébrile.
Nous allions changer le monde : c’était à notre portée.
La vraie audace, dans ces années-là, a consisté dans la
modestie du but. Les textes et les images des albums préparaient unanimement
les filles à un destin de deuxième classe : c’était là qu’il fallait agir!
Il fallait éditer pour les filles et aussi (surtout ?)
pour leurs mères.
Malgré les changements intervenus en plus de trente ans, ces
livres sont restés
Faudrait-il, s’ils n’existaient pas, les créer
aujourd’hui ?
Il me semble que oui.
Ils seraient très différents graphiquement, mais les thèmes
(et le style ironique du texte) seraient les mêmes : les rôles dans la
famille (« un heureux malheur »), la privation de la créativité
(« Arthur et Clémentine »), le monopole masculin de la culture
(« l’histoire des bonobos »), le conditionnement des filles à objets
sexuels (« Rose bonbon »).
Et je crois que, en tant qu’albums, ils apparaîtraient
aujourd’hui plus «révolutionnaires» que lorsqu’ils sont
sortis !
Trente ans sont passés (et quelques modestes succès ont été obtenus dans la vie réelle) mais les albums continuent de montrer aux enfants le même couple parental lamentable (papa se repose dans son fauteuil en lisant le journal, maman, en tablier, prépare le dîner) et les mêmes « couples » classiques : pédiatre–infirmière, pilote–hôtesse de l’air, homme d’affaires–secrétaire.
De plus, certaines des « nouveautés » des dernières années sont carrément des régressions : le déferlement des “princesses”en est un exemple. Les filles, actuellement les premières de la classe partout, se voient proposer, dans le personnage de la "princesse" des modèles absurdes de paresse, coquetterie, niaiserie, gourmandise.
Adela Turin
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Comenius fut le premier à percevoir l’utilité des images
dans l’enseignement de la lecture.
Il publia en 1658 l’Orbis sensualium pictus, un manuel
rédigé en latin et en allemand qui contient un Alphabet illustré. Sa première
édition fut suivie de plus de 250 rééditions et l’ouvrage se répandit en
Europe, en latin / français, latin /anglais, latin / italien…
Le grand apport de Comenius est d’avoir reconnu la réelle
fonction pédagogique des images. Dans son Abécédaire, qui est en même temps
imagier, chaque terme est illustré et expliqué par une image.
Les énoncés sont en latin, comme cela était encore en usage,
immédiatement traduits en “langue vulgaire”; mais l’extraordinaire nouveauté et
efficacité pédagogique de l’Orbis pictus vient du recours à la traduction à
l’image de chaque terme .
Comenius explique que s’il donne une place importante aux illustrations c’est “pour attirer les jeunes esprits, afin qu’ils n’imaginent point que l’école soit une espèce de gêne mais qu’au contraire ils ne s’y figurent que des délices et du divertissement”.
Dans l’abécédaire de l’Orbis pictus l’image devient un
instrument efficace de mémorisation. Comenius traduit les notions du latin,
langue savante, à la langue vulgaire et à l’image, et quelquefois il associe
aussi une onomatopée : le son correspondant au cri d’un animal, au vent...
Aux côtés de la lettre L, par exemple, se trouve un texte
qui dit “Lupus ululat /der wolf heulet ” et une image qui représente un loup
qui hulule et l’onomatopée du cri du loup : uuuuu.
La lettre W et la parole wind se trouvent aux côtés de
l’image allégorique du vent et de la transcription phonétique de son bruit :
vvvvvv.
Ces traductions, fondées sur les allitérations comme sur les onomatopées et les images,
viennent aider à la mémorisation de la lettre et du son à émettre.
Moins de deux siècles après l’abécédaire de Comenius, les
alphabets étaient déjà devenus instruments de conditionnement aux rôles
sexuels.
Et ils le sont resté jusque à ce que les nouvelles
techniques d’apprentissage de la lecture les ont rendu obsolètes.
Dans l’admirable alphabet de Walter Crane (1865 ) à chaque
lettre correspond une image explicite des rôles sexués : des hommes et des
chiens dans des scènes de chasse, des femmes et des enfants dans des scènes
d’intérieur.
Tout le long du dix-neuvième siècle le matériel didactique
porte la marque d’une ségrégation culturelle drastique : images de garçons dans
la rue, allant à l'école, jouant à l’extérieur, faisant du sport et images de filles à l’intérieur
de la maison, s’occupant, avec leur mère, de quelque travail “féminin”.
Mais c’est au vingtième siècle que l’alphabet devient
exclusivement une instrument de conditionnement des filles au rôle de ménagères : on les voit faisant la lessive, repassant, portant de lourdes charges, s'occupant du petit frère...
Les stéréotypes habituels : coquetterie, futilité, égoisme, paresse, sont illustrés par de petites poésies ineptes. Il n'est pas difficile d'inventer que Berthe est bavarde, que Gabrielle est gourmande ou que Paulette est paresseuse...
Posted at 01:22 PM | Permalink | Comments (0) | TrackBack (0)
Dans les images des albums, le tablier est le symbole
principal du seul rôle féminin : le ménage et l'entretien de la maison, le soin
des enfants.
Le tablier de maman est une livrée.
Il n’est pas là pour protéger les
vêtements : il arrive que la mère le porte même dans la rue, le père fait sa
(petite) part de ménage sans tablier.
Mais depuis les années 80, il arrive que le père soit “obligé” de
s’occuper d’une tâche pratique (en général cuisiner).
On l’a vu préparer un repas transformant la cuisine en champ
de bataille, ridiculisé par le tablier trop petit de maman. Et on l’a vu, à la
page suivante, affalé dans son fauteuil, épuisé.
Les enfants ont bien compris que cette activité l’humilie et
l’épuise.
Ils ont compris que si par gentillesse, papa s’occupe d’une tâche “féminine”, ça ne
peut être qu’exceptionnellement. “Quand maman est à l'hôpital”, “quelquefois
le dimanche”, nous répondent-ils.
C’est avec cette image que les albums disent aux enfants que les hommes manquent des qualités congénitales (à vrai dire pas de grande valeur) qui font des femmes des ménagères depuis l’enfance.
Posted at 07:23 AM | Permalink | Comments (0) | TrackBack (0)
Une seule femme adulte habite les albums : la mère. Elle porte un tablier et ne quitte la maison que pour accompagner les enfants à l’école ou acheter des légumes.
Il y a bien, ici et là, une commerçante ou une infirmière mais pas de professionnelles, pas d’artistes, pas de patronnes d’entreprise, même pas de pédiatres métier pourtant très féminisé en France. Les femmes ne « travaillent » pas dans les albums, elles n’échappent au tablier et à la lessive que par la beauté et la séduction. …
Les albums donnent du garçon une image sympathique.
Hirsute, vêtu d’un pantalon trop long et d’un pull trop grand, il n’en est pas moins beau ; les lunettes lui donnent l’air intelligent, les croix de sparadrap l’air sportif et courageux…
La misogynie de notre culture, ses lieux communs sur la féminité, ont longtemps éclaté dans l’image de la belle fillette chère aux sexistes égrillards, modèle réduit de la femme-femme, image de l’“éternel féminin”.
Mais cette belle fillette habillée en rose, pleine de nœuds et de fleurettes, commence à être franchement démodée (peut être serons-nous un jour débarrassés aussi des niaiseries de Caroline et Martine et de la classique caricature des filles sautant à la corde?). Pour la remplacer nous avons maintenant les “princesses”…
Et qui nous débarrassera des princesses ?
L’arrivée des “princesses”dans l’édition jeunesse ressemble à celle de Barbie dans le monde des jouets, en 1959: une poupée adulte remplaça la belle petite fille aux cheveux bouclés et aux fossettes aux genoux.
Blonde platine, élégante, pourvue de centaines de vêtements dans ses armoires roses, Barbie ne savait faire qu’une chose : s’habiller. Elle était pour les filles non plus une poupée à cajoler (fille ou petite sœur) mais un modèle.
Cinquante ans sont passés et Barbie est devenue “rétro”.
La très belle jeune femme, élégante, riche et désœuvrée a émigré dans les albums et est devenue Princesse. Une image encore plus caricaturale que celle de Barbie (qui conduisait une voiture et voyageait !).
Les Princesses sont riches et oisives, on les imagine entretenues par un riche Prince.
Elles disent aux filles : soyez belles et vous deviendrez Princesses par l’amour et le bon vouloir d’un Prince subjugué.
Posted at 09:52 AM | Permalink | Comments (1) | TrackBack (0)
Après la disparition de l’image du père sévère qui
symbolisait l’autorité, l’ordre et le savoir dans les alphabets et les livres
de lecture, papa s’est graduellement effacé des albums.
Homme, ours ou lapin, il devint ce bureaucrate toujours
absent, dont le rôle dans la famille se limite au soutien économique et dont on
ne connaît que l’intérêt pour le football télévisuel et pour la lecture des
quotidiens.
Le voyant entrer et sortir avec son cartable d’une maison
habitée par une femme sans profession et des enfants bien habillés et bien
nourris, on ne pouvait être sûr que d'une chose : c’était lui qui payait le
loyer...
Les “nouveaux pères”
La vague des “nouveaux pères”, commencée dans les années
2000, ne nous a pas apporté des “nouvelles mères” ni des “nouveaux compagnons”
plus solidaires.
À défaut d’une nouvelle famille égalitaire, les albums,
confrontés à la nécessité (éditoriale) de faire une place à cette nouvelle
espèce, hésitèrent quelque temps entre le célibataire farfelu entouré de vingt
bébés et le divorcé pathétique que l’on voyait briquer la maison et faire la
cuisine un week-end sur deux.
Puis le nouveau père prit forme : celle d’un homme jeune qui
câline avec passion son enfant.
Il s’agit en général d’un garçon, probablement des restes
d’une antique coutume : dans toutes les classes sociales l’éducation des
enfants après la petite enfance a longtemps respecté le partage des sexes.
On ne peut que se féliciter de son arrivée, mais on se
demande pourquoi on ne voit jamais ce tendre père langer, pousser le landau dans la rue, donner le bain
ou nourrir son enfant, l’emmener à l’école...
À l’avant-garde de cette vague d’immigration qui ne fait que
commencer dans les livres, l’image d'un père qui, dans un paroxysme de tendresse,
serre extasié son garçon dans ses bras.
Il s’agit d’images surprenantes : on n’a jamais vu les mères exprimer leur tendresse pour leurs enfants de façon aussi théâtrale. Peut-être “parce qu'elles n'ont pas le temps”, comme disent les enfants...
Si les pères ont des garçons c’est, semble-t-il, parce que
les livres dont la protagoniste est une fille se vendent moins bien (20 % de
moins, nous dit un libraire) que ceux qui parlent d’un garçon.
Dans un livre
dédié par son papa écrivain (Carl Norac) à sa petite fille, les images
montrent un papa avec son petit
garçon!
Posted at 09:27 AM | Permalink | Comments (0) | TrackBack (0)
Une scène récurrente dans les albums.
Après la page où l'on voit papa lisant le journal ou
regardant la télévision dans le salon dans l'attente du repas qui “se” fait dans
la cuisine, arrive celle du dîner de la famille (sacralisé par sa présence).
Dans la scène du dîner, on le voit assis à table avec les
enfants lorsque maman apparaît sortant de la cuisine, en tablier mais dignifiée
par un geste de prêtresse.
En effet, la liturgie du dîner familial des albums prévoit
qu’elle présente debout, solennelle, l’offrande : une soupière (dont la forme
rappelle souvent celle d’un ciboire).
La soupière suggère un don imposant, apparenté à l'offrande
du pain et du vin de l'eucharistie.
Et il l'est en effet, imposant : c'est le don de la vie entière de la mère ménagère.
Les enfants, interrogés sur ces images, ont été déroutés par
la soupière : ils n'en avaient jamais vu (les stéréotypes sont anciens,
peut-être des souvenirs d'enfance de l'illustrateur, ou de sa mère ou de sa
grand-mère, inlassablement répétés).
A propos du contenu de l'étrange objet, les enfants n'ont su
répondre, puis une fille a fini par s'exclamer : “mais ouiii! c'est le machin
que sort Mamie à Noël. Je sais ce qu’il y a dedans : de la soupe de poulet!”
Voilà pour la vérité et l'actualité des images des albums,
dont bien des éditeurs excusent les stéréotypes sexistes soutenant qu’ils ne sont
que le miroir de la société “telle qu'elle est”.
Posted at 09:10 AM | Permalink | Comments (0) | TrackBack (0)
Dans les contes moyenâgeux les mères disparaissaient laissant leur place aux perfides marâtres. Les mères mouraient encore dans les contes pour les enfants d’il n’y a pas très longtemps : la maternité est restée périlleuse jusqu’à la moitié du vingtième siècle et ses souffrances et ses dangers étaient vus par les livres comme équivalents à ceux que les hommes affrontent à la guerre.
Dans les images populaires on voyait des mères paysannes agonisant dans de pauvres chambres à coucher, entourées des leurs nombreux enfants.
Si elles mouraient beaucoup dans le dix-neuvième siècle, elles mouraient encore dans les albums des années quarante (mais de façon plus discrète : ça s’induit du nombre de récits qui parlent d’orphelins dans les livres de lecture).
La mort prématurée des mères est restée une réalité sociale jusqu’à l'arrivée sur le marché de la pénicilline, dans les années 40 (actuellement une femme sur 5000 meurt en accouchant en Europe, une sur 300 en Afrique).
Une mise à jour brutale de l’image de la mère intervient dans les années cinquante. Avec l’exil des familles vers les grands ensembles construits autour des villes après la guerre apparaît dans les albums l’élégante et jolie maman qui a tout son temps pour jouer avec ses enfants, l’heureuse “reine du foyer”.
La réalité en est une autre : exilées, coupées de leurs habitudes et de leurs relations, les femmes sont prisonnières de leurs enfants dans les appartements en carton des banlieues d’une Europe ravagée qui rêve de l’“american way of life”. Les maisons commencent timidement à s’équiper d'électroménagers, les médias parlent de “libération de la femme”.
Et les livres disent aux enfants que leurs mères sont heureuses d’être exclues de la vie.
Ce grand mensonge prend fin brutalement dans les années 60 et 70, avec l’entrée en masse des femmes dans le marché du travail. Les albums ne parlent pas de la “double journée de travail”, mais ils la montrent. La “jolie maman” a laissé sa place à l’esclave : une femme harassée, accablée de travail, décoiffée, affublée indéfectiblement d’un tablier. Une femme qui travaille, page après page, à l’entretien de la maison.
Actuellement cette image est moins fréquente. Non pas qu’elle soit remplacée par celle d’une mère professionnelle ou d’un père repassant : il arrive simplement que les albums parlent de moins en moins de la vie quotidienne (sujet dangereux dans un moment de grands changements dans la société).
Une singularité intéressante : il y a dans les albums deux mères.
La mère de la fille est chargée de transmettre sa culture de maîtresse de maison (disposer les fleurs dans les vases, acheter des vêtements… recevoir, faire du shopping).
On la voit souvent élégante et sans tablier.
Et il arrive même qu’elle donne des explications bêtifiantes et fantaisistes (censées être “poétiques”) à des questions telles que “pourquoi le vent?” ou “c’est quoi l’arc -en-ciel?”
En revanche, la mère du garçon, immanquablement en tablier, est la “mère servante”, totalement soumise à son fils.
Son rôle n'est jamais celui de l'éducatrice : dans son ignorance et sa banalité, elle est incapable d'apprendre quoi que ce soit à son garçon, qui n'a de leçons à recevoir que de son père. Et son père en sait des choses! C’est lui qui fait un mystérieux travail “dehors”. C’est lui qui sait tout sur l’ordinateur... Et c’est lui qui lit interminablement le journal, qui sait donc tout sur la politique et les affaires.
Posted at 07:54 AM | Permalink | Comments (0) | TrackBack (0)